Combien de protection contre l’inflation vous faut-il?

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Dans le sillage de la crise financière, de nombreux observateurs du marché ont affirmé que les mesures de relance économique, combinées à la politique de faibles taux d’intérêt pratiquée par les banques centrales de beaucoup de pays du monde développé, attiseraient l’inflation, puis les taux d’intérêt.
Toutefois, aucun des deux scénarios ne s’est concrétisé, et les taux d’intérêt comme l’inflation demeurent assez faibles d’un point de vue historique. Le rendement des obligations sur 10 ans du gouvernement du Canada, par exemple, n’est que de 1,5 %. Par ailleurs, si l’on se penche sur les derniers résultats d’une année sur l’autre de l’Indice des prix à la consommation du Canada, au mois de février 2017, l’inflation était à 2 %, donc bien plus faible que sa moyenne historique à long terme, qui est de 3,15 %. Et de fait, la plupart des experts financiers que j’ai récemment interrogés sur l’évolution attendue de diverses catégories d’actifs pour la décennie qui s’annonce pensent que l’inflation devrait demeurer faible.

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Prêt levier – L’amplificateur de portefeuille

14 juin 2017 | Gérard Bérubé |

jeune_conseiller_homme_balance_reflexion_pencher_alternatives_425• Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2007 de Conseiller.
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Déductibilité de la dépense d’intérêts, diversification du portefeuille, épargne forcée… Le prêt levier a son utilité. Cet outil n’est cependant pas bien ancré dans les moeurs des investisseurs québécois, alors que les conseillers hésitent à le recommander pour des raisons de conformité. Mais qui a dit qu’emprunter pour investir convenait à tous?

B2B Trust est un spécialiste du prêt levier. La filiale « virtuelle » de la Banque Laurentienne en a fait l’un de ses gros vendeurs auprès d’une clientèle composée essentiellement d’intermédiaires, de conseillers en services financiers. «Nous sommes les leaders dans le domaine. Nous sommes très “nichés” et nous offrons l’avantage aux conseillers de ne pas vendre de fonds d’investissement. Le conseiller n’a pas à craindre pour sa clientèle. Nous ne sommes pas en concurrence avec les intermédiaires », commente Gilles Sinclair, vice-président adjoint du développement des affaires, Québec et Atlantique, de B2B Trust.

Il existe des comptes sur marge et, dans un sens plus large, la marge de crédit, que l’on peut utiliser à des fins d’investissement. Le prêt levier se veut cependant plus structuré. La garantie du prêt s’appuie sur l’achat de fonds d’investissement répondant au profil présenté par le conseiller. «Nous procédons à l’évaluation de la solvabilité puis à l’achat des titres selon le choix du client. Mais nous ne sommes pas impliqués dans ce choix, qui s’inscrit dans la relation qu’entretient le conseiller avec son client », précise M. Sinclair.

On peut accoler deux grandes utilités au prêt levier. La première prend la forme d’une épargne forcée. L’achat d’un portefeuille est remboursé selon des paiements périodiques, et l’intérêt versé sur l’emprunt est déductible à des fins fiscales. L’outil s’adresse également à la personne béné- ficiant de revenus élevés et disposant de liquidités pouvant être mises à contribution pour investir tout en obtenant une réduction d’impôts.

À l’instar d’un prêt à la consommation, le prêt levier est remboursable en tout temps avant l’échéance, sans pénalité. Le paiement périodique peut comprendre le capital et l’intérêt ou l’intérêt seulement, et ce type de prêt est offert aux conseillers (pour leurs clients) sans frais.

Une variante consiste à se servir du prêt levier pour transformer un prêt et rendre la dépense d’intérêts déductible. Le spécialiste de B2B Trust donne l’exemple d’une personne ayant des investissements de 10 000$ générant des revenus et un prêt automobile du même montant. On se sert des sommes investies pour rembourser le prêt auto et on emprunte le montant équivalent pour rétablir l’investissement.

Évidemment, pour que la dépense d’intérêts soit déductible, l’investissement doit s’inscrire hors-REER, quoique le roulement dans le REER peut devenir une suite logique au remboursement du prêt. On peut toutefois mettre l’épargne-retraite à contribution dans une stratégie faisant appel au prêt levier. «Une personne peut détenir un REER, vouloir en retirer des sommes sans nécessairement avoir besoin de ces revenus. Une façon légale de sortir l’argent du REER sans être trop imposé consiste à effectuer le transfert dans un FERR. Les retraits mensuels viennent ensuite rembourser le prêt qui aura servi à reconstituer (hors-REER) l’investissement initial.»

Dans la foulée, Gilles Sinclair déplore une iniquité dans le traitement fiscal de la dépense d’intérêts. «Au Québec, les intérêts versés à des fins d’investissement sont déductibles du revenu d’investissement alors qu’au fédéral, ils peuvent être déduits d’autres revenus. »

Cette différence étant, elle ne viendrait pas expliquer cette frilosité plus grande des investisseurs québécois, moins enclins que leurs homologues hors-Québec à recourir au prêt levier. Pour Gilles Sinclair, ce contraste est bien réel. «Peut-être s’agit-il d’une question de tradition d’investissement boursier, plus ancienne chez les anglophones? C’est une question de zone de confort. Nous achetons une voiture, nous acceptons qu’elle perde 30% en franchissant la porte. Mais en Bourse… »

« Il s’agit d’une stratégie à long terme. Le prêt levier s’adresse à une personne se situant à un niveau d’imposition élevé, affichant une situation financière saine et capable de vivre avec les fluctuations boursières. Il faut donc bien connaître son client. »

– Gilles Sinclair

Un effet pervers

Richard Giroux, responsable du développement des affaires à l’Industrielle Alliance Valeurs mobilières, explique que les clients se souviennent davantage des mauvaises expériences. «Le levier a un effet d’amplification, qui joue dans les deux sens.» Emprunter pour investir était une avenue privilégiée avant le krach des valeurs technologiques. «C’était une approche facile, malheureusement pas toujours bien vendue ou bien expliquée. Et la journée où tu perds ta capacité d’épargne et que tu dois vendre à perte pour respecter ton engagement…»

Le spécialiste de l’Industrielle Alliance reconnaît un sens à l’emprunt à des fins d’investissement. «Transformer un prêt non déductible en une dépense déductible, pourquoi pas? Mensualité pour mensualité, si l’une est déductible, le planificateur financier n’aura pas de difficulté à expliquer cela à son client. Mais règle générale, le client ne veut pas se compliquer la vie, surtout face au fisc. Et il voudra d’abord privilégier ses contributions REER. »

Richard Giroux n’est pas chaud à l’idée. Du moins, la conformité surveille cela de très près, insiste-t-il. Car le profil du client doit être on ne peut plus clair et démontrer qu’il a à la fois la capacité de rembourser et celle de vivre avec la volatilité boursière.

Gilles Sinclair abonde en ce sens: «Il s’agit d’une stratégie à long terme. Le prêt levier s’adresse à une personne se situant à un niveau d’imposition élevé, affichant une situation financière saine et capable de vivre avec les fluctuations boursières. Il faut donc bien connaître son client. »

Stéphane Fontaine, vice-président de la conformité à la Financière Banque Nationale (FBN) parle effectivement du monitorage d’un risque additionnel. En résumé, il faut s’assurer que le levier est utilisé sainement. «N’oublions pas que l’on ne connaît le vrai degré de tolérance au risque du client que lorsque cela va mal.» La firme aura donc une obligation de validation auprès du client, ne serait-ce ultimement que pour sa propre protection légale et celle de son conseiller.

La mise en garde sur l’effet de levier découlant du recours à l’emprunt à des fins d’investissement est requise par l’Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières. L’obligation légale a été rappelée avec plus de virulence en 2000-2001 au lendemain de l’effondrement des titres technologiques, qui avait eu pour effet de déclencher les appels de marge. Et en présence d’un marché mature ou plus nerveux, les institutions vont avoir tendance à resserrer leurs paramètres d’octroi du crédit ou à abaisser le taux de marge.

« N’oublions pas que l’on ne connaît le vrai degré de tolérance au risque du client que lorsque cela va mal. »

– Stéphane Fontaine

Mais dans l’ensemble, «il faut veiller au respect des règles de convenance, s’assurer que les stratégies d’investissement répondent aux objectifs de placement du client et que celui qui a recours au levier a les connaissances requises». Sté- phane Fontaine rappelle que le crédit n’est pas bon ou nécessaire pour tous. Qu’il est souvent lié à la spéculation.

Le monitorage s’en trouve facilité pour le service de conformité lorsqu’il s’agit de l’utilisation d’un compte sur marge. On peut, ici, gérer plus facilement l’utilisation qui est faite du compte dans les rapports d’exception. Mais lorsque l’emprunt est de source extérieure, le repérage est plus ardu. «Règle générale, le recours au levier ne créera pas un problème isolé. Il sera plutôt symptomatique d’une problématique plus large. » Spéculation et concentration, dans un titre ou un secteur, vont souvent de pair. Pour illustrer l’association, Stéphane Fontaine emprunte une allégorie à l’univers du casino: « tu empruntes et tu mets tout sur le rouge».

Une fois détectée, le directeur de la succursale sera informé de la situation. Puis le service de conformité testera le niveau de confort du conseiller. Enfin, il est pratique courante à la FBN de faire parvenir une lettre au client afin de réitérer la mise en garde sur le risque de l’effet de levier.

Cet encadrement légal étant précisé, il serait permis de croire que la formule a été tonifiée, que l’outil a reçu ses lettres de noblesse après la décision de la Cour suprême dans La Reine c. Singleton (2001 2 R.C.S. 1046), soit l’«affaire Singleton», du nom de cet avocat qui a obtenu gain de cause contre le fisc en transformant les intérêts sur l’hypothèque de sa résidence principale en dépenses déductibles. Cet associé avait un capital de 300 000$ engagé dans le cabinet d’avocats. Il l’a retiré pour l’utiliser dans l’achat d’une maison, puis emprunté la somme nécessaire au remboursement de son compte en capital. L’intérêt sur cet emprunt a été considéré comme déductible puisque le capital a servi à générer un revenu d’entreprise. Le fisc a rejeté cette interprétation. Le refus a été avalisé par la Cour canadienne de l’impôt mais contredit par la Cour d’appel fédérale, qui considérait que les différentes transactions de M. Singleton étaient des opérations distinctes. Cette dernière interprétation a été validée par la Cour suprême.

Or, cette décision du plus haut tribunal rendue en 2001 n’a pas influencé l’évolution et la demande pour le prêt levier. Du moins, si elle n’a pas changé les choses, elle a eu pour effet de rassurer ceux qui ont recours au levier à des fins d’investissement. «La Cour est venue reconnaître non pas l’évitement fiscal mais plutôt notre droit de tout faire en notre pouvoir pour réduire l’impôt», commente Gilles Sinclair.


• Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2007 de Conseiller.
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Des astuces fiscales pour les travailleurs autonomes

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(Photo: 123rf.com)

Travailler à titre autonome évoque une idée d’indépendance, que ce soit vis-à-vis d’un employeur ou du fisc. Mais ça ne veut pas nécessairement dire un parcours facile. Être son propre patron peut se traduire par un revenu irrégulier sans régime collectif d’avantages sociaux. Et tirer le meilleur parti des déductions fiscales existantes demande beaucoup de travail du côté de la comptabilité.
Cela dit, une tenue de livres diligente est une constante pour toutes les entreprises bien gérées. Voici une liste des problèmes essentiels liés à la déduction de certaines dépenses à des fins fiscales dont tout propriétaire unique ou consultant qui se respecte doit être conscient quand il ne fournit que des services, et non des biens.

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Ces riches qui ne paient pas d’impôt

1er mai 2017

conseiller_fnb_actions_argents_bourse_doigt_425x283Une récente enquête de CBC révèle que de plus en plus de Canadiens dont les revenus sont dans les six chiffres ou plus ne paient pas un seul sou d’impôt.

De 2011 à 2014, le nombre de Canadiens dont le revenu est d’au moins 100 000 $ et qui, en toute légalité précisons-le, n’ont pas payé d’impôt, a grimpé de 50 %. Il est passé de 4 050 à 6 110. Il a doublé chez les citoyens canadiens gagnant plus de 250 000 $ par année. Notons que la moitié des déclarations de revenus non taxables canadiennes provenaient du Québec et de la Colombie-Britannique. Reste que le nombre de Canadiens aisés qui ne paient pas d’impôt constitue moins de 0,1 % des 27,5 millions de contribuables canadiens.

DU BON USAGE DES DÉDUCTIONS

En général, les Canadiens qui sont dans ces tranches de revenus paient entre 24 100 $ et 157 000 $ en impôt provincial et fédéral. Ceux qui n’en paient pas du tout ont réussi à se prévaloir de déductions et de provisions. Par exemple, 53 % des sommes déclarées à titre de don de charité en 2014 provenaient de Canadiens dont le revenu était de 100 000 $ ou plus. Au total, ces Canadiens avaient eu des déductions pour plus de cinq millions de dollars.

Parmi les déductions les plus populaires, on retrouve :

  • des pertes d’entreprises ou agricoles subies les années précédentes;
  • des pertes déductibles au titre d’un placement d’entreprise;
  • des cotisations substantielles au régime enregistré d’épargne retraire;
  • des crédits d’impôt non remboursables tels que les dons de charité et les crédits d’impôt pour dividendes et pour impôt étranger;

LES GAINS LAISSÉS DANS L’ENTREPRISE

Une grande partie des Canadiens qui évitent de payer de l’impôt sont des propriétaires d’entreprise qui déclarent la majeure partie de leurs gains comme revenus d’entreprise et d’investissement, plutôt qu’en salaire, pour réduire leur taux d’imposition. D’autres sont des travailleurs autonomes ayant perdu de l’argent lors des années précédentes et qui reportent ces pertes sur les années ultérieures.

DES AVANTAGES INJUSTIFIÉS?

D’autres avantages fiscaux font toutefois grincer des dents à certains experts en fiscalité, comme les déductions pour gains en capital. Rappelons que seulement la moitié de ces gains sont imposables. Michael Veall, professeur d’économie à l’Université McMaster, juge que le Canada devrait imiter certaines juridictions qui traitent moins généreusement les détenteurs d’actions qui les vendent un mois après leur achat que ceux qui les détiennent depuis plusieurs années.

D’autres, comme Michael Smart, professeur d’économie à l’Université de Toronto, ont dans le collimateur les déductions allouées pour des investissements dans le secteur pétrolier et gazier, qui permettent de diminuer fortement les impôts. En 2014, environ 70 % des déductions de ce type avaient été demandées par des Canadiens dont le revenu était de 250 000 $ ou plus. En 2012, une étude du soutien fédéral au secteur des combustibles fossiles du Bureau du vérificateur général donnait l’exemple des déductions pour actions accréditives, lesquelles peuvent être transférées à un investisseur. Celui-ci, en plus d’obtenir une participation au capital de l’entreprise via ses actions, peut se prévaloir d’une partie des déductions de celle-ci liées à des frais d’exploration ou d’aménagement au Canada.

DES TONNES DE TRUCS

Bien d’autres petits trucs peuvent contribuer à faire maigrir la facture de l’impôt, parfois jusqu’à zéro. En avril 2015, David Hodges, de Moneysense, expliquait, par exemple, qu’il était possible de simuler, légalement, une perte. S’il est impossible de vendre un titre, de déclarer une perte puis de racheter le même titre, il est possible de vendre un fonds indiciel négocié en Bourse dont le rendement est mauvais, de déclarer une perte, puis de racheter un fonds similaire, mais pas identique.

Des approches qu’il convient d’utiliser avec prudence, puisqu’un contrôle de l’Agence du revenu du Canada peut réserver de mauvaises surprises. Surtout si vous n’êtes pas représenté par KPMG…

Voilà le prix à payer pour s’enrichir

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Les actions sont plus rentables que les alternatives à long terme, mais il faut être prêt à vivre avec leur volatilité.
Les données historiques le démontrent on ne peut plus clairement: les actions offrent les meilleurs rendements parmi les diverses catégories de placements. Voici les rendements annuels composés colligés par Ibbotson pour divers types de placements, de 1926 à 2014:

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Immobilier : n’achetez jamais sans une assurance titres

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Combien d’investisseurs débutants, voire même avancés que je rencontre et qui me disent qu’ils ne prennent pas d’assurance titres lors de l’acquisition d’un immeuble car ils désirent économiser ? Ne pas souscrire à une assurance titres, c’est faire des économies de bouts de chandelles.
Tout d’abord, spécifions ce qu’est une assurance titres car ce produit offert par des compagnies privées est peu connue du public. Il s’agit en fait d’une assurance de dommages qui garantit l’état des titres de propriétés à une date donnée. Lorsqu’on parle de titres de propriétés, il est question du document qui certifie que le propriétaire d’un bien foncier est réellement le propriétaire juridique.

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Train de vie: la gaffe du chalet

LaPresse.ca

Publié le 20 décembre 2016 à 11h26 | Mis à jour le 20 décembre 2016 à 11h26

La meilleure solution pour Joëlle, selon la planificatrice... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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La meilleure solution pour Joëlle, selon la planificatrice financière Hélène Paradis, serait de vendre le chalet.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

MARC TISON
La Presse

La stratégie semblait sans faille. Locataire à Montréal, Joëlle achèterait un chalet qu’elle mettrait en location à temps partiel pour réduire les coûts. Mais un détail lui avait échappé…

LE PROBLÈME

Bonne nouvelle, Joëlle va bien. « Je suis une heureuse monoparentale de trois enfants, maintenant jeunes adultes, nous annonce-t-elle. Je suis seule en appartement à Montréal et à l’emploi de la fonction publique fédérale depuis huit ans, donc avec fonds de pension. »

Tout semblait dans l’ordre, donc, jusqu’à ce qu’elle achète un chalet en Mauricie, il y a trois ans.

Elle voulait ainsi investir en immobilier, « avec l’objectif de le louer au minimum 30 % du temps pour amortir les coûts et avoir un lieu de paix pour me sauver, durant l’été, de la chaleur des hauts de duplex ».

Elle constituerait du même coup un actif d’appoint pour la retraite.

« J’ai peur de rester locataire et de devoir y passer toutes mes économies dans 20 ans, explique-t-elle. Qui sait combien ça nous coûtera pour nous loger en appartement ? »

Au moment de prendre la décision, il y a trois ans, elle jugeait impossible d’acquérir à prix raisonnable à Montréal un condo suffisamment grand pour elle et les enfants qui habitaient alors avec elle.

Sur papier, la stratégie du chalet partiellement locatif semblait judicieuse. Si ce n’était un petit détail…

« Je n’avais pas vérifié au préalable (méga-erreur !) si la municipalité dans laquelle se trouve mon chalet permettait la location. »

Dur réveil.

« Je me retrouve donc avec une situation économique qui ne me laisse pratiquement aucune marge de manoeuvre, n’ayant qu’un seul revenu et deux endroits à payer. »

Comment s’extraire du bourbier ? Elle hésite entre trois solutions :

– vendre le chalet, malgré le risque de perte en capital, et épargner l’équivalent des coûts ;

– déménager dans le chalet mauricien et demander un transfert dans la région, dans un poste de niveau inférieur, au prix d’une diminution de salaire de 20 % ;

– vendre le chalet et acheter un condo à Montréal – « les enfants n’étant que là en visite, je peux me permettre un condo plus petit », explique-t-elle.

« Je cherche à souffler un peu plus, puisque le cumul de tous mes paiements fait en sorte qu’il n’y a pas de place pour les plaisirs de la vie et les gâteries. Tout n’est que paiements et ça n’a pas de sens d’attendre à la retraite pour se permettre un peu de bon temps. » – Joëlle

LA VIE EN CHIFFRES

Joëlle, 42 ans

Revenu brut : 65 000 $

Revenu net : environ 41 600 $

Régime de retraite de l’employeur : cotisations déterminées

REER : 0 $

CELI : 1400 $

Estimation municipale du chalet : 142 000 $

Valeur marchande : entre 165 000 $ et 170 000 $

Solde de l’hypothèque : 135 000 $

Paiements annuels (hypothèque et impôt foncier) : 10 640 $

Logement à Montréal : loyer de 810 $, chauffage inclus

LA RÉPONSE

En effet, les dépenses de logement de Joëlle sont exorbitantes en regard de son revenu net de 41 600 $.

« J’arrive à 53 % de ses revenus », observe la planificatrice financière Hélène Paradis, vice-présidente, conseillère en placement, chez Gestion de patrimoine TD.

« C’est énorme. »

En réponse, elle a chiffré les trois scénarios évoqués par Joëlle.

Scénario condo

À la demande de la planificatrice, Joëlle a estimé la valeur d’un condo qui lui conviendrait : environ 250 000 $, a-t-elle répondu.

De combien disposerait-elle pour l’acquérir si elle vendait son chalet ? Hélène Paradis retient un prix de vente de 150 000 $, à mi-chemin entre l’évaluation municipale et la valeur marchande. Elle estime qu’après avoir remboursé le prêt hypothécaire, payé les pénalités et acquitté tous les frais, Joëlle encaisserait une somme de 15 000 $ – en restant prudent, précise-t-elle.

En soustrayant cette mise de fonds, l’emprunt hypothécaire pour un condo de 250 000 $ s’élèverait à 235 000 $. Avec un taux d’intérêt de 2,84 % et un amortissement de 20 ans, question de solder le prêt avant la retraite, la mensualité s’établit à 1283 $.

En additionnant 15 400 $ en paiements hypothécaires, 2400 $ en charges de copropriété, 1000 $ en électricité et 2500 $ en impôt foncier, « on arrive à des frais de 21 300 $, ce qui représente encore 51 % de ses revenus nets », annonce-t-elle. « Si Joëlle y va avec ce scénario, elle n’améliore pas son cas. »

Joëlle se constituerait ainsi un bel actif au bout de 20 ans, mais entre-temps, sa situation budgétaire ne lui laisserait aucun répit, alors qu’elle cherche justement à réduire la pression.

Scénario chalet

Le scénario d’un déménagement en Mauricie n’apporte aucun soulagement. « J’arrive au même problème, constate notre experte. Elle n’a pas plus d’argent pour son loyer à cause de sa baisse de salaire. Et en plus, son fonds de pension est diminué parce qu’elle gagne 14 000 $ de moins par année. »

Scénario épargne

« La meilleure solution que j’ai trouvée pour réduire ses frais de logement, pour économiser et même avoir un surplus pour se payer du bon temps, comme elle dit, consiste à vendre son chalet, prendre les 15 000 $ et faire une cotisation REER avec cette somme. »

Hélène Paradis estime les dépenses annuelles du chalet à environ 12 000 $, incluant les frais de chauffage et d’entretien.

En se libérant des obligations mauriciennes, Joëlle dégagerait donc un surplus budgétaire équivalent.

De cette somme, elle réserve chaque année 9000 $ à l’épargne, dont 4800 $ versés eux aussi en REER. Après 20 ans, son compte REER contiendrait 179 000 $.

Elle utilise un rendement de 4 % – « je n’ai pas exagéré », dit-elle. Certains lecteurs s’étonnent quelquefois d’un tel rendement.

« Il faut diversifier les portefeuilles pour arriver à un rendement comme celui-là. » – Hélène Paradis

Hélène Paradis consacre 4200 $ par année au CELI, soit 350 $ par mois. « Après 20 ans, elle obtient 127 800 $. »

Au total, Joëlle détiendra donc un peu plus de 300 000 $ à l’orée de la retraite, une somme qui adoucira ses conditions de vie. Dans une dizaine d’années, avec l’épargne accumulée, peut-être décidera-t-elle de réévaluer la possibilité d’acquérir un condo. « Avec une mise de fonds plus élevée, l’hypothèque sera alors moins grande, et elle sera peut-être davantage en mesure de s’acheter une propriété. »

Des 12 000 $ récupérés chaque année, il lui reste encore 3400 $ pour ses dépenses, soit une augmentation de près de 300 $ par mois par rapport à sa situation actuelle.

« J’améliore sa retraite, j’améliore son niveau de vie actuel, résume Hélène Paradis. Elle n’est peut-être pas propriétaire d’un chez-soi, mais d’un autre côté, on a comblé beaucoup d’autres besoins. »